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L’année 2012 a vu naître un nouveau projet qui a démarré en septembre et que j’ai nommé,

 « Le café bavard »


Il s’agit de proposer un lieu, un espace accueillant pour aborder une fois par mois, un thème ou une question qui porte sur un sujet concernant un aspect de la vie, et du rapport au monde de chacun…

Comment cette idée a-t-elle surgi ? Un peu comme une évidence qui se déploie, un lundi matin lors d’un atelier d’écriture.
Ce fameux lundi, l'objectif était de présenter les modalités de participation au concours d’écriture auquel les membres de l’atelier allaient participer.
Le thème : « moi, nous, les autres ».
Cela provoqua une sorte d’arrêt, de sidération.
Le moment était pénible, nous étions plongés dans l’inconfort, le silence, l’inquiétude. Seule l’expression d’un sentiment d’impossibilité émergea. Et chacun s’étonna et s’interrogea alors sur ce qui se passait.
 
Je me trouvai donc face à un événement auquel je prenais part. Je proposai la question suivante :

-    « Qu’est-ce que -moi- ? »
Silence… Long silence…
Puis quelqu’un se lança timidement.
Et me voilà plongée dans une sorte d’intemporalité, au sein d’un groupe qui se mettait à réfléchir, à structurer, énoncer une parole profonde, source de sens.
Une parole qui prenait contact en soi.
Par extension, la réflexion qui nous anima devint :
-    « Qui suis-je »
Et, un peu plus tard
-    « qu’est-ce que nous, l’autre »

Vaste programme…

Chacun exprimait tout à fait librement et tranquillement sa pensée avec laquelle il faisait corps en tentant d’énoncer une parole dont il semblait le premier surpris.
Ce qui m’a particulièrement frappée, c’est la qualité d’écoute et l’intérêt vif porté à celui ou celle qui prenait la parole, l’universalité ou la singularité des idées échangées.
Nous étions tous pris, dans ce moment rare où penser ensemble, réfléchir, moduler sa pensée devenait possible et source de plaisir.

En ce qui me concerne, ce fut un grand bonheur et je me dis : « Mais nous sommes tous philosophes ! »

Ainsi, à la suite de ce temps d’atelier, m’est venue une idée, non pas celle classique d’un groupe de parole, mais celle d’un « café de discussions » où un thème d’ordre général serait proposé dans un environnement convivial.


Les réflexions menées y seraient indépendantes de l’histoire personnelle, mais les idées abordées de manière plus large, en écho avec sa propre singularité, pourraient tendre à ouvrir un chemin vers l’appropriation de son discours propre et non celui épousé un peu malgré soi par de multiples conditionnements.
L’altérité, le groupe, allaient permettre à travers des échanges, dans un cadre tolérant différentes opinions, de nourrir ces échanges et ainsi de repérer de quelle manière on perçoit et comprend « le monde », quelle est la place qu’on y occupe ou qu’on souhaiterait y occuper.
En acceptant la discussion et les idées contraires aux nôtres, nous passons de la réaction à la réflexion. Ainsi nous ouvririons notre esprit et s’ouvrir est souvent apaisant.

L’idéal est que ce modeste « café bavard » permette un mouvement, comme le dit Felix Guattari :
 « Que puis-je faire avec moi-même, avec ma propre folie, mes désirs, mon propre rapport au monde, ma singularité, ma naissance, ma mort ? Ces questions sont au cœur de l’existence.
Sans entrer dans un rapport d’identification ou de suggestion …. [Penser] est se forger sa propre cartographie et permet à l’individu de reconstituer des territoires existentiels là où il était dans l’angoisse.
C’est une activité non-modélisante. »

Le corps des personnes fréquentant Ithaque n’est pas séparé de leur esprit quand bien même l’usage de drogues pourrait le laisser penser.
Parfois  l’individu, le patient qui se rend dans ce lieu, s’enferme dans les besoins élémentaires et premiers (avoir de quoi manger, se loger, se soigner, de quoi ne pas être en manque). Un autre se dérobera de l'essentiel en passant des heures devant la télé ou des jeux vidéos. Cela n’est pas satisfaisant et c’est pourquoi l’équipe d’Ithaque a toujours été sensible à la question de l’éveil, de l’ouverture sur la cité.
L’Homme s’élève et trouve une solution justement parce qu’il est capable de réfléchir et prendre du recul par rapport aux nécessités et aux "distractions" les plus immédiates. Encore faut-il pour cela qu’on l’y invite.
Découvrir son chemin propre et universel, permet peut-être de ne pas se figer dans des valeurs qui ne sont pas nécessairement les siennes.
Je crois que soutenir un être humain, c’est aussi lui donner le goût de la réflexion sur la vie, l’opportunité de mieux se connaître, de découvrir ses qualités insoupçonnées et de ressentir le plaisir d’être connecté à sa parole.

                                Nadia Reiff
                                Assistante Sociale